L’équipe Billard PassionMis à jour le 17 août 20266 min de lecture
Au snooker, la free ball est la règle qui déclenche le plus de questions devant un écran. L’arbitre annonce deux mots, le joueur empoche une bille marron et marque pourtant un seul point, le public applaudit : pour qui n’a pas la règle en tête, la scène ne veut rien dire. Le principe est en réalité assez simple. La free ball répare une injustice, celle d’un joueur victime d’une faute qui se retrouve sans aucune bille jouable en ligne droite. On reprend depuis le début.
Tout part de la situation qui a donné son nom au jeu. Un joueur est snooké quand sa bille blanche ne peut pas atteindre en ligne droite la moindre bille « on », c’est-à-dire la bille qu’il a l’obligation de jouer à cet instant : une rouge tant qu’il en reste, la couleur du moment sinon. Il suffit qu’une bille interdite masque une partie de chaque cible pour que le snooker soit constitué. Concrètement, si tu ne peux pas viser les deux bords d’au moins une bille on sans obstacle, tu es snooké.
Un détail compte : seul un obstacle formé par une bille non jouable crée un snooker au sens de la règle. Une blanche collée derrière le coin d’une bande, gênée par le caoutchouc et non par une bille, n’est pas snookée. Le vocabulaire complet de la partie, billes on, fautes et valeurs, est posé dans notre page des règles du snooker.
En temps normal, être snooké fait partie du jeu : ton adversaire a construit ce coup, à toi de t’en sortir. La donne change quand le snooker résulte d’une faute. Si ton adversaire commet une faute et que tu te retrouves snooké sur toutes les billes on au moment de reprendre la main, l’arbitre annonce « free ball ». La règle considère que tu ne dois pas payer deux fois : subir la faute, puis hériter d’une position injouable.
L’annonce ne tombe que dans cette configuration précise. Une faute qui te laisse une rouge visible en ligne droite ne donne droit à rien : tu joues la position telle qu’elle est, ou tu fais rejouer ton adversaire comme après toute faute. La free ball reste un événement peu fréquent sur un match, ce qui explique l’excitation des commentateurs quand elle survient.
Le bénéfice est le suivant : tu peux désigner n’importe quelle bille sur la table et la jouer comme si elle était une bille on. Tu annonces ton choix à l’arbitre, ou tu le montres sans ambiguïté, et cette bille désignée prend le statut et la valeur de la bille on du moment. Snooké sur les rouges derrière la noire ? Tu peux désigner cette noire et la jouer comme une rouge.
Si tu empoches la bille désignée, deux choses se produisent. Tu marques la valeur de la bille on, pas celle de la bille empochée. Et la bille désignée est remise sur sa mouche, puisqu’elle n’a servi que de doublure. Le jeu reprend ensuite son cours normal : après une free ball jouée comme une rouge, tu joues une couleur de ton choix, exactement comme après une rouge empochée.
Rien ne t’oblige non plus à empocher. La free ball peut servir de sortie défensive : toucher la bille désignée sans faute suffit pour que le coup soit valable, là où rater toutes les billes on aurait coûté une nouvelle faute.
Dernière option, valable après toute faute : faire rejouer l’adversaire depuis la position laissée. Un joueur qui juge la table trop dangereuse, free ball ou pas, peut préférer remettre la patate chaude dans le camp d’en face. En pratique, une free ball se refuse peu : la bille désignée offre presque toujours soit un départ de série, soit une sortie de secours propre.
La valeur est celle de la bille on, jamais celle de la bille choisie. Quelques cas concrets pour fixer les idées :
On voit la logique : la free ball rend une bille jouable, elle ne transforme pas la table en distributeur de points. Le comparatif avec le comptage du billard français, où la notion même d’empochage n’existe pas, vaut le détour : voir notre article les règles du billard pour resituer chaque discipline.
La règle a ses garde-fous. Le plus important : il est interdit d’utiliser la bille désignée pour re-snooker ton adversaire derrière elle. Si ta free ball sert d’écran entre la blanche et toutes les billes on à la fin de ton coup, l’arbitre sanctionne une faute. Une exception existe quand il ne reste que la rose et la noire en jeu : à ce stade, impossible de faire autrement, la restriction saute.
Autre point à retenir, la bille désignée se comporte en bille on pour toute la durée du coup. La toucher en premier est obligatoire si tu l’as désignée, et une fausse queue ou une blanche empochée restent des fautes ordinaires. L’arbitre garde le dernier mot sur la validité de la désignation, comme sur tout le reste.
Un dernier réflexe de spectateur pour finir. Quand une free ball se conclut par une noire empochée qui ne rapporte qu’un point, le tableau d’affichage semble se tromper. Il ne se trompe pas : la valeur créditée est celle annoncée par l’arbitre, celle de la bille on du moment. Garde ce principe en tête et le score de la manche redevient lisible d’un bout à l’autre.
Un break classique plafonne à 147 points. La free ball est la seule règle qui permet d’aller au-delà : obtenue avant la première rouge empochée, avec les quinze rouges encore en jeu, elle offre l’équivalent d’une seizième rouge suivie d’une couleur, soit jusqu’à 8 points de bonus et un maximum théorique de 155. Personne ne l’a jamais atteint en compétition professionnelle.
Le record officiel s’en approche pourtant. Jamie Burnett avait signé un 148 en qualifications du championnat du Royaume-Uni en 2004, grâce à une free ball. En mars 2026, Ronnie O’Sullivan a frappé plus fort : un break de 153 au World Open, construit sur une free ball, à deux points des 155. La mécanique complète du comptage, du half-century au 147, est détaillée dans notre article sur le break au snooker, et quelques free balls célèbres se retrouvent dans notre collection de vidéos de billard.
L’équipe Billard Passion
Article écrit et relu par des joueurs, carambole en tête. Les règles citées s’appuient sur les textes des fédérations. Dernière mise à jour le 17 août 2026.